« Les enfants en parlent »

 

Charenton

 

Mars 17 – «J’ai assisté à mon premier atelier ENQUÊTE » - Mabrouck Rachedi, administrateur ENQUÊTE

 

Anaël puis Laurie m’avaient prévenu : le centre social « Le Paris des Faubourgs » peut être difficile à trouver. Muni de mon GPS, j’étais sûr de moi jusqu’aux abords de la rue Léon Schwarzenberg où une femme à vélo me dit qu’elle cherche vainement… le centre social. En suivant la rue circulaire, je médite sur l’ironie de donner le nom d’un célèbre chercheur à une adresse introuvable quand Maxence et Léo, perchés sur un arbre pour regarder des gamins de leur âge dans la cour de la maternelle, m’indiquent le chemin.

 

J’arrive au centre social avec le titre d’administrateur d’Enquête et ça en jette. Les personnes auxquels Laurie me présente ont l’air de me prendre très au sérieux. Quand je descends jusqu’à la salle où sont réunis une quinzaine d’enfants, les regards convergent vers ce drôle de bonhomme qu’ils n’ont jamais vu. Je ne sais pas exactement leur donner d’âge, disons qu’ils ont probablement entre 8 et 12 ans. Pour eux, je dois être un vieux crouton.

 

Pendant que Laurie prépare son vidéo-projecteur, je demande à la volée aux enfants ce qu’ils ont appris lors de leurs ateliers. L’un d’eux me répond.

-   Que les Juifs sont nos frères.

-   C’est-à-dire ?

-   Qu’ils sont pareils que nous.

-   Avant, tu pensais quoi ?

-   Avant, je pensais neutre.

 

Quelques autres précisent ce qu’ils sous-entendent par « neutralité », que j’aurais plus spontanément accolée à la position politique de la Suisse qu’à la pensée :  avant, ils ne connaissaient rien de la religion juive ni des Juifs. Pas plus que sur le bouddhisme et l’hindouisme. Et voilà qu’ils digressent sur le fleuve sacré, là, le Gange avec le même enthousiasme que s’ils me racontaient le dernier Walt Disney.

 

Laurie ayant terminé d’installer le matériel, la séance commence. L’animatrice, que je qualifierais de formidable si je n’avais pas peur d’imiter Michel Drucker,  a un jeu de cartes où figurent des lieux, des rites, des fonctions, des attributs liés à chacune de trois grandes religions monothéistes. En fonction des réponses des enfants, elle les placera dans les colonnes « juif/judaïsme », « christianisme/chrétiens », « musulmans/islam ». Par exemple : la synagogue/ l’église/ la mosquée seront désignés comme les lieux de culte respectifs du judaïsme, du christianisme et de l’Islam.

 

Ce qui me frappe pendant ce jeu, ce sont tous les bras qui se lèvent : tout le monde participe. Il faut canaliser la prise de parole car chacun veut s’exprimer avec une ferveur débordante. Ce qui me frappe, aussi, c’est le nombre de réponses correctes. Le groupe arrive très bien à distinguer les éléments caractéristiques de chaque religion, à quelques exceptions près, comme les tefillin, qu’ils prononcent comme Papy Mougeot parlait du schmilblick.

 

La séance se poursuit avec trois vidéos représentant des cérémonies religieuses catholique, juive et musulmane. Il s’agit de répondre à des questions comme : sommes-nous dans un lieu ouvert ou fermé ? Y a-t-il des objets ou des vêtements que vous savez nommer ? Les personnes parlent-elles, chantent-elles ou sont-elles muettes ? Les hommes et les femmes sont-ils mélangés ? Quelle est l’attitude des gens pendant la cérémonie ?

 

Encore une fois, on assiste à la multiplication des petites mains levées. Beaucoup de bonnes réponses mais aussi quelques approximations quand l’un d’eux parle de kappa au lieu de kippa (les ravages de la société de consommation) ou une autre parle de la calotte de Pape François comme d’une mini-kippa, ce que confirme un autre : c’est une « cousine de la kippa ». Les réponses fusent quand tout à coup, c’est le drame : l’un d’eux lance un pet très sonore. Le jeune homme s’est désigné comme coupable en s’excusant dans un premier temps puis il nie farouchement. Trop tard, ses camarades autour de lui s’écartent comme les eaux de la Mer Rouge.

 

Le bouillonnement de l’enfance anime la rencontre. On apprend en s’amusant, on s’amuse en apprenant. Les gamins jouent parfois à reproduire ce qu’ils voient à l’écran, par exemple le balancement de fidèles juifs et la prosternation de fidèles musulmans pendant la prière, les gestes du pape lançant l’eau bénite aux fidèles catholiques. On vit le moment et on enrichit sa culture. Laurie prend bien soin de préciser qu’il existe des variantes dans les pratiques au sein des trois religions monothéistes et qu’il y a eu des scissions parmi les églises. Et, bien sûr, qu’on a le droit de croire, de ne pas croire ou de douter.

 

L’heure est passée très vite. Les enfants ont été sages par rapport à la dernière fois, me dit Laurie, attribuant à ma présence – celle d’un inconnu – ce calme relatif. Je n’ose pas lui dire que je suis prêt revenir : moi aussi, j’ai appris plein de choses lors de cet atelier Enquête.

 

 

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