« Les enfants en parlent »

 

Caddie de course

 

Octobre 17 – «Un caddie pour aborder symboles religieux et laïcité » - Marion Renaut, animatrice ENQUÊTE

 

Rendez-vous donné par Lou à 14h55 devant l’école Saint-Maur. Nous arrivons en même temps, dans une synchronisation presque parfaite. Pas le temps de m’inquiéter de savoir si je vais la reconnaître ou non, quand je vois au loin une personne arriver avec un caddie de course à roulettes plein à craquer, je me dis tout de suite « C’est une animatrice ENQUÊTE ! ».

Lou m’explique qu’elle prépare toujours sa salle 15 minutes en avance, et je comprends rapidement pourquoi ! Pas une minute n’est perdue et je vois se dévoiler devant moi le contenu de son imposant caddie : un ordinateur, un rétroprojecteur portable, un drap blanc en guise d’écran… Son installation est bien rodée et le matériel digne d’un cours d’université. Elle allume le rétroprojecteur : « Séance 6. 10 octobre 2017. Ecole Saint Maur. Qu’est-ce qu’un symbole ? ». Décidément, rien n’est laissé au hasard. Une pro d’ENQUÊTE ! En même de temps, cela fait plus de 2 ans que Lou anime ces ateliers, j’aurais dû m’y attendre.

Une fois que le groupe a pris place dans la salle, l’animatrice me présente : « Voici Marion, elle va assister à l’atelier aujourd’hui afin d’en écrire une chronique ». Ma présence ne les perturbe pas le moins du monde, et après les salutations de rigueur, le groupe se reconcentre rapidement sur la séance.

 

Signe discret et moins discret

 

Après une vidéo expliquant la notion de laïcité, les questions vont bon train, en particulier sur les différents symboles que les enfants ont pu y observer. « Pourquoi la croix est au-dessus d’une école ? C’est une école que pour ceux qui portent des croix ? » ou encore « C’est quoi l’étoile ? ». Cela tombe bien, c’est exactement le sujet de la séance. Après avoir expliqué à quelle religion se rattache chaque symbole, on discute du port de ces signes religieux à l’école et sur la voie publique : autorisé ou interdit ? C’est pareil pour les deux espaces ?

Erika prend la parole : « A l’école, on a le droit. Il faut juste que ce soit discret. ». Elle illustre sa réponse par un exemple concret : « C’est comme mon amie qui a amené un collier religieux à l’école et qui me l’a montré. Elle l’a montré juste à ses amis et c’était caché sous son pull ». Lou renchérit : « Voilà, elle te l’a montré à toi et à ses amis, mais c’était discret, tout le monde ne pouvait pas le voir donc c’est autorisé ».

Mais du coup, comment sait-on si le signe est trop voyant ? Lou explique : « Quand l’on porte un signe ostensible, c’est que ce signe n’est vraiment pas du tout discret. Par exemple, vous connaissez Madonna la chanteuse pop ? Elle portait de très grosses croix sur ses vêtements. Et bien si quelqu’un portait ça à l’école ce serait interdit car cela se voit trop ». A mon grand étonnement, les enfants saisissent tout de suite la référence. Cependant Anas demande « Mais pourquoi elle faisait ça Madonna ? ». Immédiatement Ani lui rétorque « C’était pour la mode ! ».

 

Distinguer école et voie publique

 

Ensuite, Lou amène les enfants à distinguer l’espace de l’école de celui de la voie publique : « Si nous n’étions pas à l’école mais dans la rue, est-ce que Madonna aurait le droit de porter une énorme croix ? ».

Réponse unanime du groupe « Oui !! ». Anas intervient afin d’ajouter un élément d’explication : « Dans la rue, on a le droit de porter un foulard pour les musulmans, donc un chrétien, il a le droit de porter un collier avec une croix et un juif a le droit d’avoir un collier avec une étoile ».

Lou reprend en insistant sur la spécificité de la voie publique : « Oui, dans la rue il est permis de s’habiller comme on veut. En effet, on peut se voiler, on en a le droit. Il n’y a qu’une forme de voile qui est interdit, c’est celui qui cache le visage. C’est pareil pour les casques de moto et les cagoules, on n’a pas le droit de cacher son visage dans l’espace public. ».

Joseph objecte « Mais non, parce qu’en Arabie Saoudite on met des foulards ou on ne voit que les yeux. On a le droit, c’est pas une cagoule ! ». Lou précise qu’en Arabie Saoudite on a le droit, mais que l’Arabie Saoudite n’est pas la France : « En Arabie Saoudite, le contraire est vrai. Les femmes n’ont pas le droit de se promener dans la rue habillées comme nous nous le sommes en France. Elles doivent se couvrir de la tête au pied.  De plus, elles n’ont pas le droit de sortir de chez elle non accompagnée par un homme de leur famille. »

Réactions immédiates et disparates de la classe « Quoi ? », « Non !?? », « Bah oui ! ». Moment opportun pour refaire le point sur les différences entre les lois de certains pays et la spécificité laïque de la France : « Ici en France, si vous voulez porter des signes religieux ou même vous habiller bizarrement dans la rue vous pouvez. C’est une question de liberté individuelle. En France, contrairement à d’autres pays, dont l’Arabie Saoudite, où les lois sont décidées en fonction de la religion d’Etat, on a le droit d’être libre dans sa croyance religieuse ou non religieuse, et dans la façon de s’habiller par rapport à sa croyance. C’est la laïcité

Tous les enfants acquiescent, visiblement d’accord avec l’explication de Lou. Cependant une question taraude encore Joseph : « Mais du coup, si les femmes en Arabie Saoudite, elles ont pas le droit de sortir seules, elles font comment pour s’acheter à manger si elles ont faim ? ».

 

 

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