Menons l’ENQUÊTE !

Janvier 2023, « Menons l’ENQUÊTE ! » – Laureen Lescop, service civique ENQUÊTE

Ce soir, au centre social Archipelia près de Belleville, Paola anime une séance sur le thème « origines, nationalités et convictions » qui va permettre d’introduire la laïcité aux enfants de manière concrète. Chaque enfant va devoir définir des mots et ensuite les associer.

Nationalité… origine…

Paola démarre : “Enquêteurs, enquêtrices ! Pouvez-vous par exemple me dire ce qu’est un pompier ? 

– C’est quelqu’un qui prend de l’eau et sauve les gens en danger ! Propose Mathilde

– Super définition !” 

L’animatrice met alors tour à tour des mots sur la table, en commençant par demander de définir “français”. Les réponses fusent :

– “C’est une personne qui est née en France et qui a la nationalité française ! Lance Yanis

– Bravo, c’est bien une nationalité. Est-ce que l’on peut être de nationalité française et ne pas être né en France ? 

– Ben l’Ukraine n’est pas en France… dit Clara en réfléchissant à voix haute.

– Bien vu, mais pour autant : si l’on n’est pas né en France, mais en Ukraine, par exemple, peut-on par exemple devenir Français, demander des papiers d’identité français ?”

Un « Oui ! » général se fait entendre ; tout le monde est d’accord sur le fait qu’il est possible d’être français, “par naturalisation”, précise Baptiste.  

Paola demande alors : 

– “Et il y a d’autres personnes qui sont françaises et qui ne sont pas pour autant nées en France ?

– Ben oui, si on a un parent français mais qui n’habite pas en France” propose Mathilde

– Il y a donc plusieurs manières d’être de nationalité française ; récapitulons : si un parent est français, son enfant est français, et si on est né en France et qu’on y a vécu longtemps pendant son enfance et son adolescence, ou bien, si on y a vécu un certain temps, il est possible de devenir Français. Passons à un autre mot : que signifie « arabe » ?”

Mathias réfléchit rapidement et dit : “Arabe, déjà, c’est en Afrique non ?”  

Paola sort alors une carte du monde de son sac, et identifie avec l’aide des enfants quels sont les pays que l’on appelle “arabes” : ils vont donc bien au-delà de l’Afrique du Nord par laquelle ils ont commencé. Elle repose la question. 

–  “Du coup c’est quelqu’un qui parle une autre langue !” clame Nour.

Paola la félicite: “Bravo, effectivement l’arabe est une langue. Mais toutes les personnes qui se disent arabes parlent-elles cette langue ?

–  Non, mais sans doute leurs ancêtres, vu qu’ils viennent de cette partie du monde, propose Yanis.

–  Ok !  je vais aller plus loin : peut-on être en France et être arabe ? Peut-on vivre en Amérique du Nord et être arabe ? 

–  Bah oui !  dit Clara, on a le droit de se déplacer !” 

Nour participe elle aussi au débat : “Tu ne t’es pas forcément déplacé, tu peux être né en France ou en Amérique du Nord dans une famille arabe. C’est ton origine !“

… et convictions !

Ils réfléchissent ensuite à de nombreux autres mots : asiatique, hindouiste, bouddhiste… Les enquêteurs décortiquent les mots à partir de leur sonorité ; à l’image d’ « asiatique » dans lequel ils entendent « Asie ». Les enfants précisent que c’est une origine mais que les personnes asiatiques parlent des langues différentes selon les pays de ce grand continent. Au mot « bouddhiste », Yanis fait rire ses camarades avec une imitation du Bouddha méditant. Paola les invite alors à se demander ce que signifie méditer et qui est Bouddha dans les croyances bouddhistes. Ils conviennent du fait qu’ils ne connaissent pas grand-chose à cette religion et sont curieux de l’aborder avec Paola. 

–  “Maintenant attention, un autre mot… “athée” !

–  Oh je sais ! lance Clara. Tu ne crois en rien, t’as pas de dieu !

–  Oui c’est plutôt ta deuxième proposition, répond l’animatrice, car on peut ne pas croire en un ou plusieurs dieux mais croire en d’autres choses, en la vie, qu’il y a un sens à la vie, par exemple.”

Paola poursuit: “Enquêteurs, enquêtrices, attention, j’ai besoin de vos neurones ! “agnostique” !” 

–  C’est quoi, ça ?” demande Nour.

Paola aide ses petits enquêteurs en leur donnant un indice : “Et bien tu n’es pas la seule à ne pas connaître ce mot, car c’est aussi le cas de beaucoup d’adultes ! Je vous aide : « a » signifie « pas de » et « gnostique » la connaissance. C’est donc quelqu’un qui dit qu’il est impossible d’avoir des connaissances…  de savoir…. quoi d’après vous ?

–  Impossible de savoir si Dieu existe ! dit Clara

–  Tout à fait, impossible de savoir s’il y a un dieu, ou plusieurs, ou pas de dieu, et une personne agnostique ne se prononce pas !” 

Paola termine cette première partie de jeu sur la définition des mots musulman, juif et chrétien. 

Yanis propose sa définition : “Musulman, c’est un dieu : Allah”

Paola précise : “Donc les musulmans croient en un dieu. J’ai aussi entendu Mohammed par ici :  qu’est ce que les musulmans croient au sujet de Mohammed ?

–  Ils croient que c’est un messager de Dieu.”  

Clara propose d’autres éléments pour compléter : “Quand tu es musulman, tu peux prier, aller à la mosquée, faire le ramadan, l’Aïd… c’est le nom d’une fête religieuse même si ça ressemble au mot « laïcité ».”

Paola sourit et passe au mot juif : “qu’est-ce que cela signifie ?”

Mathilde a une idée : “Ils vont à l’église ! Ah non, ça commence par « ci »… cime… ! Non ! Synagogue !

–  …et que croient-ils ?” 

Pas de consensus parmi les enfants ! “Nous en reparlerons !”, dit Paola. 

–  C’est les chrétiens qui vont à l’église, ils ont aussi un dieu et font Noël et le jour de l’an, résume Baptiste.

L’animatrice pose alors une question : est-il possible de fêter Noël lorsque l’on est juif ou musulman, ou athée, etc ? La majorité répond que oui, et Baptiste explique que les chrétiens fêtent Jésus, le dieu des chrétiens, mais que les autres fêtent le Père Noël qui apporte des cadeaux sous le sapin. Clara partage son expérience : “Ma mère m’a dit que c’était pas bien de fêter Noël car ce n’est pas dans notre religion”. Ce à quoi Paola répond que chaque famille décide pour elle et qu’il y a des musulmans qui fêtent Noël, et d’autres fêtes qui ne sont pas des fêtes religieuses musulmanes, et d’autres non. “Comme Halloween !”  dit Yanis. 

À présent, les enquêteurs et enquêtrices tentent de placer tous ces mots dans trois catégories. ils distinguent peu à peu « origines », « nationalités » et « convictions », mot que propose l’animatrice pour regrouper les religions, et les mots “athée” et “agnostique”. 

… et laïcité dans tout ça ?

Avant de terminer, une dernière étape du jeu leur est proposée : associer les mots. L’animatrice les met au défi en leur demandant s’il est à la fois possible d’être musulman et européen. Ils répondent oui et l’un deux confie qu’il est justement musulman et français. Arabe et juif ? Oui également. Sénégalais et chrétien ? « Je ne pense pas qu’il y en ait au Sénégal » répond Yanis ce à quoi Paola réplique qu’ils peuvent… mener l’enquête ! 

La séance touche à sa fin alors que les enfants ont encore plein d’énergie et soif d’apprendre de nouvelles choses ! Maintenant que ces trois catégories sont bien distinctes dans leur esprit, la prochaine séance pourra lier tout cela à la laïcité. Ils travailleront sur le fait qu’en France, on a le droit d’avoir la conviction de son choix, quelles que soient sa nationalité ou ses origines, comprendront que ces multiples facettes de l’identité ne sont pas contradictoires, et se demanderont si cette liberté a toujours été présente en France et si elle existe dans d’autres pays aujourd’hui. Laïcité, nous voilà, quand on mène l’enquête !