Sur la plage de Dinard, la laïcité n’était pas qu’un concept--

Dinard

 

Juin 16 – « Sur la plage de Dinard, la laïcité n’était pas qu’un concept. » – Virginie Dopagne, animatrice ENQUÊTE

 

Il est tôt ce samedi 28 mai… il pleut, mais qu’importe, hauts les cœurs ! L’enthousiasme est présent. Peu à peu, les familles arrivent, sortant des immeubles qui entourent la maison des squares au Blosne, quartier de Rennes. Chacun s’installe dans le car et nous voilà partis… une brève halte au centre social de Maurepas où nous attendent des familles et animateurs de cet autre quartier de Rennes, et en route pour Dinard.

 

Qui sont-ils ?

Au cours de l’année scolaire, des animateurs de ces deux centres sociaux rennais ont proposé aux enfants des ateliers autour de la laïcité. Pour conclure ce projet, les animateurs et les familles de ces deux quartiers ont décidé de se réunir et de préparer ensemble une journée au bord de la mer au cours de laquelle est organisé un grand jeu de la laïcité. 56 personnes, une vraie logistique !

 

Quel jeu ?  

Après 2 heures de trajet, rythmé par les chants des enfants, nous voici arrivé à Dinard. Toujours la pluie, mais nous nous regroupons quand même dans un parc, près de la mer. Face au groupe, j’introduis le jeu « Alors, les enfants, écoutez-moi, nous avons un gros problème. Depuis quelques temps, on ne comprend plus du tout la laïcité…. Une enquête a montré que des textes de lois ont été volés. Heureusement il existe des copies dans différents lieux de la ville : la mairie, la médiathèque, l’église, la synagogue et la mosquée. Les gardiens de ces copies acceptent de les rendre après avoir testé les connaissances des habitants. Chaque équipe, partie à la recherche des textes, recevra un article de loi à chaque défi réussi et pourra ainsi reconstituer les textes de loi. » Cinq défis sont ainsi proposés et donnent lieu à des échanges :

-          des rébus autour de mots (tel que monothéisme, polythéisme, athéisme),

-          des familles de cartes à reconstituer par religion,

-          des cartes sur les identités multiples à regrouper par paire…

A chaque défi, le groupe reçoit un article de loi qui sera collé sur un parchemin. Le jeu se déroule dans la bonne humeur, les enfants passent d’un défi à un autre, courant sous la pluie, les k-ways et cirés dégoulinants…   La mise en commun a lieu avant le repas, au centre social (pour cause de crachin breton brrrr) ; les enfants posent de nombreuses questions, très intéressés par les jeux proposés et voulant clairement aller plus loin : « Qui c’est le roi David ? » « Et Martin Luther King lui aussi il a défendu les noirs en Amérique ? » « Mais si Abraham est le père des religions alors pourquoi les croyants, ils s’aiment pas ? » Les parents restent silencieux, près de leurs enfants. On les sent avides de poser des questions mais ils n’osent pas prendre la parole en grand groupe. Cela viendra dans l’après-midi.  

 

Pari réussi !  

Avant le jeu, je sentais l’équipe  inquiète. Inquiète des réactions des parents, inquiète du thème de l’animation, peu à l’aise pour parler de faits religieux. Il était nécessaire de les rassurer.  « Vous savez, il faut différencier religion et faits religieux… Nous ne nous engageons pas dans le domaine des croyances, nous expliquons juste les faits religieux. A tout moment, nous restons dans la connaissance, le culturel.». Très vite les quelques craintes s’évaporent ; tout le monde joue le jeu, parents comme animateurs. Certes les parents laissent les enfants prendre la parole en premier, mais ils participent, donnent leur avis sur des questions complexes, comme les identités multiples ou la différence entre les notions de croire et savoir. Un papa est ravi de participer, d’apporter son témoignage sur le fait qu’en Algérie l’islam est religion d’Etat, en déplorant que les autres religions n’aient guère d’espace…   Lors d’une promenade le long de la plage, de belles discussions en petits groupes s’entament avec des mamans contentes de pouvoir parler librement. Nous évoquons aussi bien leurs pratiques religieuses au quotidien, tel que le port du voile ou l’animosité que celles qui le portent peuvent ressentir. Et ce sans jamais porter de jugement… Quelle leçon de tolérance ! Elles qui sont regardées, jugées répondent par des regards cléments, une attitude apaisée. Je rencontre des femmes libres, respectueuses, joyeuses.   Parents et enfants partagent leurs connaissances. Une animatrice remarque, visiblement surprise et heureuse, « ce n’est pas si compliqué de parler de ces sujets finalement… ».

 

Pari gagné!   Une journée riche, faite de temps très différents, avec les familles, les femmes dans une plus grande proximité, et les animateurs friands de discussion et d’échange, prêts à poursuivre l’aventure de la laïcité tel qu’ENQUETE la propose. Un coup de chapeau particulier pour ces derniers qui se sont investis pour la préparation de la journée, s’occupant beaucoup des enfants pour que les mamans puissent passer une bonne journée.   Une grande simplicité a régné tout au long de la journée. Au petit matin, je ne connaissais personne et je suis repartie le soir enrichie d’une très belle aventure humaine…