Fanny GOMEZ

Professeur des écoles en maternelle en REP dans la circonscription de Lunel. Elle est référente laïcité dans sa circonscription et formatrice du Plan national de formation, Valeurs de la République et Laïcité.

Comment la laïcité a intégré ma pratique

Je travaille sur la laïcité depuis les départs en Syrie de jeunes de Lunel, puis les attentats de 2015. Mes collègues de circonscription me sollicitent aujourd’hui pour des atteintes, et je les conseille sur les réponses pédagogiques à apporter. Pour m’y aider, cela fait 3 ans que je pioche dans les ressources de l’association. Je me suis d’abord intéressée au positionnement de l’enseignant : travailler ses propres représentations, laisser parler les élèves pour parler avec eux…

Je n’étais a priori pas très à l’aise pour mettre en place des séances d’enseignement des faits religieux ! C’est en tournant dans les écoles de mes collègues pour les former à la laïcité et en recoupant tout ce qu’ils me rapportaient que j’en ai vu l’intérêt, d’une part pour donner une voix à la non-croyance et d’autre part, pour travailler la question des pressions entre élèves. En mettant en avant la diversité interne de chaque conviction, on change le regard des enseignants, et c’est alors plus facile pour eux d’identifier les pressions et de savoir comment y réagir.

J’évoque toujours la séance sur « Savoir et croire » lorsque je forme et, l’année dernière, j’ai proposé de tester les premières séances de l’Arbre à défis dans certaines classes, avec mes collègues, car cela éclaire pour eux ce qu’est un enseignement laïque des faits religieux. Une fois passé le cap de poser avec les élèves l’existence d’un dieu comme une croyance, il y a quelque chose qui se dénoue chez les enfants. Les enseignants le mesurent et se sentent prêts à poursuivre. Je me pose à présent la question de l’animer auprès des parents !

Le projet d’inclure les parents

En effet, avant d’être professeur des écoles en maternelle, j’ai été aide-éducatrice. Dans ces deux cadres, on noue une relation étroite avec les parents. Lorsque j’étais aide-éducatrice, je suivais les enfants sur plusieurs années. On devient vite un acteur dans le dialogue avec les familles. En maternelle, nous avons une relation quotidienne et en proximité avec parents et fratries.

Je porte depuis 3 ans un projet inter-degrés de la maternelle au collège. Les parents sont invités à faire part de leurs questions sur la laïcité, autour d’un événement fédérateur réunissant une chorale de près de 300 élèves qui se produisent avec des chansons portant sur ce thème. A l’occasion d’une “soirée laïcité”, des intervenants variés interviennent pour répondre aux questions récoltées et à celles qui émergent spontanément des échanges.

Nous constatons qu’il y a moins de tensions et que la laïcité n’est plus un sujet tabou dans les établissements impliqués dans le projet. Cette année, nous avons reçu le Prix de la Laïcité de la République Française. Nous nous sommes rendus au ministère en délégation avec quelques parents d’élèves qui participent à cet événement depuis le début. Un moment formidable de reconnaissance dans la communauté éducative sous les ors et les velours de la République !