Le Grand Banquet de la Laïcité

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Avril 2026, “Le Grand Banquet de la laïcité” – Emmanuel Danziger, service civique ENQUÊTE

En ce mardi d’avril, Órla retrouve les enfants de l’école Dorléac pour tester avec eux une nouvelle activité sur la diversité des pratiques alimentaires et la laïcité. La sonnerie retentit, les enfants se mettent en cercle pour écouter les consignes : 

– Aujourd’hui nous allons participer à un grand banquet tous ensemble, on va découvrir différents plats et différentes façon de manger. 

– Ahhh ça tombe bien j’ai trop faim, répond un enfant en se grattant le ventre avec ses mains

– Alors on ne va pas vraiment manger, je vais vous distribuer un personnage, avec ses goûts : deux ingrédients qu’il ou elle aime manger et un ingrédient qu’il ou elle ne mange pas. Votre personnage participe ce matin à un grand banquet. Pour ce banquet, votre personnage devra apporter deux plats. Sur la première table, votre personnage devra choisir les deux plats qu’il ou elle va cuisiner en fonction de ses goûts. Ensuite, on partagera tous nos plats au banquet !

Un marché de cultures

Les enfants entrent alors dans la salle et se précipitent vers le “marché” pour choisir leurs cartes de plat. 

– Qui a l’œuf ? Qui a l’œuf ? Qui a l’œuf ? répète Ben une dizaine de fois. 

Rosalie, elle, lit attentivement sa carte de personnage : 

– Maria n’aime pas la semoule mais elle adore les oignons et les frites ! 

Peu à peu, les enfants veulent vérifier qu’ils ont bien compris les règles et entourent Órla, pour lui demander de jeter un œil sur ce qu’ils ont prévu de cuisiner. Tout a l’air délicieux !

Finalement les enfants s’installent tous en tailleur, avec leurs deux plats autour du large tapis de gym qui figure la table du banquet. Órla demande alors : 

– Qu’est-ce que vous avez apporté de bon pour ce magnifique festin ? 

Karim commence en tenant sa carte, tout content : 

– J’ai ramené du yaourt de la farine et de l’eau et ça fait un Naan. 

– Qui peut expliquer, en levant la main, ce qu’est un naan ? reprend Órla.

– C’est un peu comme du pain mais avec un espace au milieu et parfois y’a du fromage ou autre chose dedans, explique Laszlo avant d’ajouter qu’il avait découvert le plat au restaurant indien pour l’anniversaire de son frère. 

– Exactement, le naan est un pain d’Asie du Sud, présent dans la cuisine indienne. Sinon, Karim, qu’est-ce que tu as ramené d’autre ? 

– Un bo… bun, déchiffre-t-il sur sa carte. C’est le plat que mangent les pandas, ajoute-il en confondant bo bun et bambou. Les autres enfants rient, l’activité continue.
Les enfants partagent les plats de leurs personnages et expliquent certains plats à ceux qui ne les connaissent pas, comme : le mafé, le guacamole, le tiep, les bricks, la zlabia. Les enfants se remémorent l’activité de la semaine précédente sur la diversité des pratiques festives et associent les repas de famille et les fêtes à leurs plats préférés.

Manger et partager

La deuxième phase de l’activité consiste en un échange de plats : après tout, il est normal de goûter à différents plats lors d’un banquet. Les enfants doivent s’échanger un plat pour faire découvrir de nouveaux aliments à leur personnage et partager leur déjeuner ensemble. 

– Nico t’as apporté du chocolat ? Je te donne du poulet, propose Esther. 

– J’suis même prêt à te proposer mes lasagnes pour ta salade, mon personnage il mange super sain, échange Bilal avec Simon.

– Euh moi j’aime pas le tabouleh, attends je regarde si mon personnage aime, vérifie Gabriel. 

Les cartes passent de mains en mains. En fonction de leurs goûts, les personnages sont amenés à découvrir de nouveaux plats. Une fois les échanges terminés, et un tour de table pour découvrir les nouveaux plats, Órla entame la dernière phase de l’activité. 

Elle demande aux enfants pour quelles raisons leurs personnages pourraient ne pas vouloir manger d’un aliment. Samantha répond : 

– Bah parce que mon personnage il aime pas ça. 

– Oui par exemple, parfois on ne mange pas certains aliments car on n’aime pas le goût. Pour quelle autre raison quelqu’un ne voudrait pas d’un aliment ? 

– Parce que c’est dangereux, ça peut rendre malade, répond Esther. 

– Comment est-ce qu’on appelle ça ? 

– Une allergie ! s’exclame Samantha. 

– Et pour la religion sinon, dit Pierre

Une diversité de pratiques

Maintenant que les enfants ont identifié trois raisons pour lesquelles quelqu’un pourrait ne pas vouloir manger d’un plat – le goût, les convictions et les pratiques alimentaires en lien avec la religion, et les allergies -, Órla les amène sur le terrain des pratiques religieuses :

– Les musulmans et les juifs ils ne mangent pas de porc, propose Romain

– C’est pas halal, assure Lahouari.

– Ah bon ? C’est vrai pour tous les juifs et tous les musulmans ? 

Non, pas tous, reprennent collectivement tous les enfants, l’un d’eux ajoute : C’est quoi halal ? 

– Halal dans l’islam ou casher dans le judaïsme, c’est la façon dont chacun décide de manger en accord avec sa croyance et sa religion. Pour certaines personnes c’est en récitant une prière, pour d’autres c’est la façon dont l’animal est tué et de quel animal il s’agit. Et comme vous l’avez bien remarqué il y a des personnes musulmanes ou juives qui décident de ne pas manger de porc ou d’autres aliments et d’autres aussi qui mangent de tout. Chacun est libre de choisir. Avez-vous d’autres exemples de pratiques alimentaires ? 

– …la viande ?  tente timidement Adam.

– C’est les végétariens, confirme Gabriel. 

– Super, c’est un bon exemple, et pour quelles raisons est-ce que certaines personnes sont végétariennes ? 

– Parce qu’elles ne veulent pas blesser les animaux, propose Maria. 

– Oui pour certaines personnes c’est ça, pour d’autres c’est l’écologie, d’autres des questions religieuses, et d’autres aussi n’aiment pas le goût de la viande. Chacun décide donc de ce qu’il mange et de ce qu’il ne mange pas. Souvenez-vous de la séance sur les fêtes, est-ce qu’il y a une seule bonne manière de faire une fête religieuse ?

Les enfants se souviennent, chacun fête à sa manière, c’est une des libertés garanties par la laïcité : la liberté de culte. Órla reprend :  

– Est-ce que vous pensez que vous pouvez forcer ou pousser un de vos camarades à manger quelque chose qu’il ne veut pas manger ou l’empêcher de manger un plat ou un aliment ? 

Les enfants répondent un “non” collectif. Órla leur demande alors comment la cantine peut-elle décider quoi cuisiner pour tous les enfants. Lylian propose alors un système avec un ordinateur qui aurait un répertoire de plats et qui ferait un tirage au sort automatique pour décider. Órla rebondit alors sur cette proposition pour demander aux enfants quels critères cette machine pourrait utiliser : 

– Est-ce que vous pensez que la machine peut choisir en fonction des goûts de chacun ? 

– Non je pense pas, elle ne peut même pas savoir ce qu’on aime ou pas. 

– Peut-être qu’elle va essayer de faire des plats qui sont bons pour nous. 

– Exact, les cuisiniers et cuisinières de la cantine font des plats sains, qui conviennent au plus de personnes possible et qui ne sont pas trop compliqués à faire en grande quantité. Finalement, vous avez tous la liberté de choisir ce que vous mangez et donc il faut aussi que vos camarades puissent avoir cette liberté. Et vous voyez que même si vos personnages ont des goûts différents, ils ont pu partager un repas et essayer de nouvelles choses, conclut Órla. 

Ah ! ça sonne, les enfants peuvent enfin aller manger après avoir discuté de tous ces plats différents.