« Télévision et assiette sur la tête »

Image assiette

 

Décembre 15 « Télévision et assiette sur la tête » - Julie Bois animatrice ENQUÊTE

 

Aujourd’hui est un jour un peu particulier. Depuis quelques semaines déjà que j’anime des ateliers ENQUÊTE au centre social Didot, dans le 14e arrondissement de Paris, c’est la première fois que des journalistes de TF1 viennent filmer la séance et donnent la parole aux enfants.

Ils sont enthousiastes et excités à l’idée de passer à la télé et demandent quand l’émission sera diffusée. Malgré la déception de ceux qui ne peuvent pas être filmés – pas d’autorisation des parents malheureusement -, l’atelier commence dans la bonne humeur. Le groupe d’enfants, entre 9 et 11 ans, est un réduit pour cette séance, mais les sept présents sont très motivés.

 

Si la présence de la caméra et de la perche de son les perturbent au départ, ils semblent finir par les oublier…

 

Symbole et symbole religieux

 

Le thème de la séance : les symboles religieux. L’atelier débute par un premier jeu consistant à les faire réfléchir sur la notion de symbole. Je place des images représentant une couronne, une colombe, un drapeau français, une balance, des bougies et les anneaux des jeux olympiques sur la table. Je demande ce que leur évoque ces images. Le groupe, très participatif, commence à crier « un roi »« l’équilibre », « le drapeau de la France » etc. Les enfants tombent finalement d’accord pour reconnaitre qu’un symbole peut être compris de la même manière par tous et que nombre d’entre eux font partie de notre culture.

 

Nous entrons ensuite dans le vif du sujet. Je me penche en effet sur la thématique des symboles religieux. Pour ce faire, j’opte pour un jeu en équipe et demande à chaque duo d’enfants de dessiner sur une feuille deux symboles religieux. Les enfants présentent ensuite leurs dessins. Ils doivent me donner le nom de leur symbole, la religion à laquelle il renvoie et où l’on peut le trouver dans la vie quotidienne. Les enfants sont comme toujours très créatifs et dessinent des croix chrétiennes, des tapis de prière et même une main de Fatima… Un débat est lancé à ce sujet. La main de Fatima est-elle un symbole de l’islam ? Les enfants ne sont pas d’accord entre eux. Je finis par leur expliquer que le symbole de l’islam est le croissant de lune et l’étoile à cinq branches. « Et vous savez pourquoi ? ». Silence. Puis Mohammed tente « la lune c’est parce que les années des musulmans, elles marchent avec la lune, là… ». En effet ; on reprend ensemble la construction du calendrier, à la fois pour l’islam, le christianisme et le judaïsme. « Et l’étoile ? » « Facile ça, les 5 trucs importants pour les musulmans » « ah oui et lesquels ? ». Par tâtonnement collectif, on retrouvera les prières quotidiennes, le jeûne du mois de Ramadan, le pèlerinage à la Mecque. Et je leur fais deviner les deux derniers, profession de foi et aumône.

On aborde aussi la croix chrétienne et la figure de Jésus, mort et « redevenu vivant », comme ils l’expliquent, pour les chrétiens, croix qu’on trouve dans beaucoup d’endroit en France, église, calvaire, cimetière… «Aah oui, comme à la nécropole quand on est allé en classe verte ! ».

Et enfin l’étoile de David, symbole du judaïsme, renvoyant à l’alliance passée entre Dieu et les hommes. « Et le petit chapeau là ? » demande Abdel Kader, en se tapotant le haut de la tête. J’en viens alors à leur faire deviner ce qu’est une kippa. Ils ne connaissent pas le terme mais réussissent quand même à l’expliquer avec leurs propres mots : « c’est une sorte d’assiette sur la tête et il faut mettre une barrette sinon ça tombe ». Nous jouons au jeu du pendu pour trouver le mot exact. Et on comprend ensemble ce à quoi cet accessoire renvoie, à la fois signe de respect et symbole de la finitude de l’homme. Encore un symbole !

 

Les échanges sont très vivants. Ils ont compris que l’on pouvait voir des symboles religieux sur des lieux de cultes, mais aussi sur des drapeaux ou des bijoux… Bref, ils savent que ces symboles les entourent. Mais aussi qu’ils renvoient à une signification particulière.

 

Temps d’être interviewé !

 

Pour clôturer la séance, retour à la télévision qui avait été oubliée. La journaliste décide d’interviewer les enfants à tour de rôle. Ils sont évidemment ravis, même si bien moins bavards que pendant l’atelier. Ils regardent leur main, se dandinent sur leur chaise, répondent par monosyllabe… Elle leur demande quelle est leur religion et s’ils accepteraient d’avoir un-e ami-e d’une autre religion que la leur. Les enfants répondent un grand « oui ! » à l’unanimité. Joli message de tolérance, tant cela leur parait évident !

Elle les interroge aussi sur ce qu’ils ont appris durant cet atelier et leur demande si c’est important de connaitre d’autres religions. Cibèle est la plus bavarde et répond longuement, les autres sont plus timides. Mohamed, qui n’a pas d’autorisation de tournage de ses parents, boude un peu contre le mur, désolé de ne pas être interviewé.

 

Je suis très contente de voir que les enfants ont bien acquis ce qui leur a été transmis, y compris des notions abordées lors des séances précédentes : « j’ai appris sur les religions, les pays, les nationalités.». La journaliste et moi remercions les enfants pour leur participation. Mais LA question qui importe aux enfants c’est « quand est ce qu’on va passer à la télé ?? ».