« La Création : mais comment le serpent il pouvait parler ? »

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Avril 14    « La Création : mais comment le serpent, il pouvait parler ? » – Marine Quenin, déléguée générale ENQUÊTE

 

Le thème du jour de la séance : les récits de création.

 

« La fille, elle a écouté le serpent »

 

Elle commence par le jeu, devenu un rituel maitrisé par les enfants. Youssef et Jonathan viennent se mettre debout, devant le tableau, pour un défi de la bonne définition. Alors, Adam et Eve ? Trois propositions lues par les garçons à tour de rôle. «Le premier Homme et la première Femme dans la Bible », « Un couple de dieux dans la religion maya » ou « De jeunes agriculteurs juifs qui vendent des pommes ». Marine, l’animatrice répète les trois définitions et demandent aux enfants d’inscrire la bonne réponse sur leurs ardoises. Ils répondent ensuite par équipe. Visiblement, ils ont entendu parler de ces personnages, parce que la très grande majorité donne la réponse adéquate.

Marine joue l’étonnée : « donc vous connaissez tous ce récit ? ». C’est alors que, à la grande surprise de celle-ci, Grace se trémousse sur sa chaise, le bras levé, les yeux pétillants, elle qui préférait souvent, lors des séance précédentes, finir de tisser ses scoubidous ou écrire de très petits mots pour ses voisins, convaincue de sa discrétion. « Oui, Grace ? ». Elle se lance, d’une traite, sans presque reprendre sa respiration « Ben, y avait Dieu. Au début, il avait poussé des fleurs, des animaux. Et puis, il y avait deux personnes et un serpent. Et Dieu, il avait dit de ne pas manger la pomme. Mais le serpent a dit qu’il ne faut pas écouter Dieu et qu’il faut manger la pomme. La fille, elle a écouté le serpent, et le garçon aussi. Et ben Dieu, alors, il les a punis. ». Elle s’arrête, essoufflée, mais le sourire aux lèvres, très fière d’avoir pu aller au bout de son récit. Omaël qui se tord le bras et le balance pour être sur d’être vu, prend alors la parole « En fait, c’est le serpent qui les a forcés. Du coup, il a été maudit, il a été chassé ». Marine ne sait plus où donner de la tête, face à une forêt de mains qui se lèvent « Youssef ? » « Et Dieu, il a puni le serpent ! ». « Dalia ? » « Adam et Eve se promenaient, ils sont arrivés dans un endroit avec plein de pommes. Dieu leur dit qu’il ne faut pas en manger, qu’elles sont empoisonnées. Mais le serpent leur a dit le contraire ». Wassim, sans attendre son tour parce que visiblement perplexe, « mais comment le serpent pouvait parler ? ». Une voix du fond de la classe « ben, c’était au paradis », une autre « et puis, c’est Satan ! ».

Marine calme les uns et les autres et propose de leur raconter le récit de la Genèse.

 

L’homme, il a un cerveau et il parle

 

Elle revient sur la création du monde, et des animaux. Puis celle de l’homme, à partir de glaise auquel Dieu insuffle la vie, suivie, pour lui donner un compagnon, de celle de la femme. Grace, qui est décidément présente et attentive, interrompt « de la glace ? » « mais non de la glaise, cette terre que l’on utilise en poterie ».

Marine reprend et raconte encore le jardin et ses fruits, dont ils peuvent profiter, à l’exception de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Elle raconte le serpent, la tentation. La connaissance de leur nudité qui arrive à Adam et Eve après avoir mangé du fruit et Dieu qui les chasse du paradis, non sans les avoir vêtus pour leur tenir chaud. Et ces punitions pour chacun, le serpent, la femme et l’homme.

Elle raconte ensuite comment le Coran aborde ce récit et pointe quelques différences : Iblîs, l’ange déchu pour avoir refusé de se prosterner, à la demande de Dieu, devant l’homme. L’homme et la femme qui, bien que prévenus, écoutent Iblîs et mangent le fruit de l’arbre de l’immortalité. Et cette deuxième chance que Dieu leur donne, sur terre, en leur indiquant qu’ils seront sauvés s’ils suivent son message.

Les enfants sont silencieux, attentifs. Marine laisse passer quelques secondes de silence et demande « Que raconte ce récit selon vous ? ». Nelson ne peut laisser passer une telle question « Qu’on n’a pas le droit de manger des pommes ! ». Bien qu’il n’ait pas levé la main pour demander la parole, Marine a du mal à réprimer un sourire.

« Revenons à l’homme. Est-il créé en même temps que les plantes ? les animaux ? ». Non général. « D’accord. Est-il créé à partir de la même matière ? ». Les enfants secouent la tête. « Comment l’homme arrive-t-il à la vie ? ». Dalia, appliquée, revient sur le récit « Dieu lui souffle dans les narines. » Marine souligne cette spécificité et montre que le récit donne donc un statut particulier à l’homme.  « D’ailleurs, selon vous, un homme est-il similaire aux plantes, aux animaux ? ». Dalia poursuit « non, il a un cerveau ». Grace complète « et puis il parle ».

Marine sourit, ils peuvent maintenant comprendre que, pour les croyants, ce texte souligne la spécificité de l’homme ; la Genèse montre que l’Homme porte en lui une part de divin, ce qui le rend spécial dans la création.

Omaël semble hésiter, ce qui ne lui ressemble pas. Il lève alors la main et demande « mais pourquoi cette punition ? ». La cloche sonne, Marine lui propose de revenir sur cette question la séance suivante.

A suivre…