Interview de Sonia Fethi : « aujourd’hui, ils respectent les différentes convictions, dont l’athéisme »

Photo compresse 2Pouvez-vous vous présenter et nous expliquer pourquoi vous avez décidé d’aborder ces thèmes de laïcité et faits religieux avec vos élèves ?

Je m’appelle Sonia Fethi, et j’enseigne à l’école Jean Macé à Trappes, en CM2.

La question de la laïcité, de sa compréhension et prise en compte par les élèves m’a frappée le premier jour où j’ai eu ma classe. J’étais confrontée à des pratiques incompatibles avec l’école : des propos spontanés des élèves, parfois violents, sur lesquels on ne réfléchit pas, qui peuvent avoir des conséquences graves. Il me semblait essentiel de leur faire comprendre que la DIFFÉRENCE existe et qu’elle représente une réelle source de richesse dans un pays démocratique et une école laïque. S’ouvrir sur l’autre tel qu’il est, sans le juger, est une manière de vivre ensemble et de sortir de cette position de victimisation : « on ne nous aime pas ». Le but aussi est de questionner ces fausses interprétation , comprendre et dépasser les stéréotypes afin que tout le monde puisse trouver sa place à l’école et dans la société.

J’ai regardé les programmes. Il m’est apparu clairement que parler de laïcité pendant 10 à 15 mn, sans être concret, ne serait pas suffisant. Et j’ai lancé un travail sur la charte de la laïcité, les valeurs républicaines. C’est alors que le projet porté par ENQUÊTE m’a été présenté. J’étais très réticente car il me semblait impossible de le mettre en place avec des primaires, voire que cela allait générer un climat ingérable.

Pour autant, après réflexion, j’ai réalisé qu’il s’agissait de poursuivre ce que je faisais depuis le début de l’année, à savoir faire en sorte que la laïcité ne soit pas que des mots à répéter, mais bien quelque chose de vécu. J’ai donc regardé plus en détail le jeu, les sujets abordés et ai décidé de m’engager pour l’année.

 

Comment cela s’est-il passé ? Les enfants se sont-ils approprié le jeu l’Arbre à défis ? Quelles choses ont changé dans la classe sur ces questions ? 

Le projet s’est avéré compliqué au départ, car il a suscité des réactions vives et des parents. Il s’agissait avant tout d’une incompréhension, car ils ne savaient pas ce qui était dans les programmes ; alors même que c’était, de façon surprenante pas si compliqué pour les élèves. Ils manifestaient une réelle volonté de prise de parole. C’était passionnant !

Au début, il était difficile de les mettre en groupe, de favoriser le travail collectif. J’avais choisi délibérément de des groupes hétérogènes, aussi bien en termes de convictions, d’origine, de niveau…  Il n’était pas facile de les faire s’accorder. Chacun voulant imposer sa propre loi. Cela a été l’occasion de rappeler, creuser les règles du débat, en insistant sur le respect de l’autre et de sa parole.

Mais après 4 ou 5 séances, les changements ont été saisissants. Chaque groupe prenait sa place en début de séance, reprenait la réflexion commune et arrivait à élaborer un discours commun.

Ce fonctionnement m’a donné des billes pour travailler d’autres manières. Je me suis inspirée de l’Arbre à défis pour aborder d’autres disciplines comme la grammaire, les mathématiques, la géométrie…

J’ai atteint un objectif que je n’osais espérer : les enfants se respectent, même en récréation. L’autre est regardé différemment. Ils se reprennent entre eux pour éviter les jugements hâtifs, sans intervention des adultes. Mes collègues eux-mêmes ont noté ces changements !

Les choses ont été difficiles à mettre en place en début d’année, mais avec un impact final incroyable. Aujourd’hui, ils respectent les différentes convictions, dont l’athéisme -ce qui n’était pas acquis au départ- en comprenant que les valeurs et principes peuvent être partagés malgré les différences de convictions.

Les élèves ont commencé à réfléchir sur leur comportement ; ils se posent des questions non par obligation mais par conviction.

 

Quelles suites donner à ce projet ?

Je souhaite recommencer. Maintenant que je maitrise l’outil, je commencerai sans doute plus tôt dans l’année car c’est un projet, relevant en apparence de l’éducation civique, mais qui englobe en réalité différents autres domaines.