« La Cocotte de la laïcité »--

Cocotte en papier

 

Septembre 17 – «La cocotte de la laïcité » - Anaël Honigmann, coordinatrice des ateliers ENQUÊTE

 

La ville de Mulhouse organise régulièrement des semaines de « classe de ville » lors desquelles les élèves se retrouvent hors de l’école pour rencontrer des associations, des chercheurs… L’association Enquête a passé une journée avec une classe de double niveau CM1-CM2.

 

Le matin, les enfants retrouvent Gaëlle, l’animatrice, à l’université populaire de Mulhouse, pour entrer dans la question de la laïcité par l’angle de la multiplicité de l’identité : comprendre que notre nationalité, nos origines, notre conviction en matière de religion ne se contredisent pas. Pour ce faire, Gaëlle leur propose un jeu de cartes en équipe. « Je vous distribue les cartes. Vous verrez, il y a des mots écrits dessus. Par exemple : Français, Indonésien, Arabe, Asiatique, juif, bouddhiste etc. Par équipe, vous allez devoir les définir ». Salah et Leyla ne sont pas d’accord sur ce que signifie le mot « musulman » : « c’est quand tu pries Allah 5 fois par jour » « ah, non, t’es musulman si ton père est musulman ». Gaëlle les amène à se rendre compte que c’est logique : « «qu’est ce qu’une religion ?», c’est une question compliquée » et en plus au sein d’une religion, il existe une grande variété de manières de croire ou de pratiquer.

« Maintenant, je vous donne une mission à vous tous, ensemble : comment pourrait-on classer les mots en trois catégories ? On va commencer par mettre ensemble les mots qui semblent appartenir à la même catégorie, qui sont du même type, et après on trouvera le nom des catégories ». Si les élèves réunissent facilement les cartes qui renvoient à une religion et y ajoutent la carte « athée », il y a ensuite une grande confusion entre celles qui renvoient à une nationalité et celles qui renvoient à une origine. L’animatrice aiguille les enfant et pour mieux cerner les choses, les élèves donnent des exemples tirés de l’histoire de leur famille. « Mes parents sont Turcs, mais moi je suis Française et je suis aussi Turque, c’est mon origine, et on est tous musulmans », « Moi j’ai deux passeports : un de la France, et un du Sénégal. Alors j’ai 2 deux nationalités ? ». Une fois les trois mots éclairés, beaucoup de questions se posent sur d’autres pays que la France, surtout les pays d’origine des familles des élèves, notamment au Maghreb. « Mais en Algérie, est-ce qu’on peut ne pas être musulman  ? », « en Tunisie, y a que des Arabes, non ? ».

 

Le rôle de l’étymologie

 

Après ce premier jeu et les prises de parole et vifs débats qu’il a suscités, les élèves s’appliquent à construire une « cocotte ». « Je vais vous montrer comment faire. Vous pourrez y écrire vos questions pour garder une trace de nos échanges ». Les principes de la laïcité apparaissent petit à petit. La liberté de conscience, avec la question de Salah : « Est-ce qu’on peut changer de religion en France ? » La prééminence du droit civil sur le droit religieux avec celle de Yanis : « Est-ce qu’un chrétien et une musulmane peuvent se marier en France ? » Et la diversité, existante au sein de toutes les religions, et permise par la laïcité : « Est-ce que tous les musulmans font le ramadan ? » Leyla aborde une question plus saugrenue en apparence, mais qui permet de revenir sur les 3 notions maniées toute la matinée : « Les chrétiens peuvent-ils manger de la nourriture marocaine ? ».

 

Pause repas et temps de récréation dans le parc voisin. Puis la classe se rend au Carré des associations pour reprendre les jeux. Les élèves découvrent « Les défis des convictions ». Gaëlle les remobilise : « Vous m’avez impressionnée ce matin. Cet après-midi, nouveau jeu, toujours par équipe : vous devez donner une bonne définition et deux fausses définitions d’un mot pour piéger les autres équipes. Et pour l’équipe 5, il y aura un autre jeu : faire deviner un mot avec un rébus. Toutes les équipes auront un texte court avec l’explication du mot, pour vous aider. » Salah s’inquiète auprès de l’animatrice « Tout le monde sait pour polythéisme et monothéisme. On les as vus en classe. Ca va être trop facile ! ». En effet, les enfants connaissent parfaitement les signification des mots et ont très bien retenu jusque l’étymologie ! « Theos, ça veut dire dieu ! alors si on met mono ou poly devant… ».  Cela permet à Gaëlle, loin d’être désarçonnée, d’insister sur l’athéisme et l’agnosticisme. « Mais c’est la même chose : ils savent pas c’est quoi leur religion ». « Non pas vraiment, on va essayer de comprendre ensemble » : les enfants s’attaquent à l’étymologie, comparent les deux termes et saisissent qu’au delà des personnes qui ont une religion et des athées, il en existe qui ne s’intéressent pas à ces questions (les « indifférents ») « c’est dingue ca ! » et d’autres, les agnostiques, qui disent que, n’ayant pas de preuves qui permettraient de savoir s’il existe un dieu, plusieurs dieux ou aucun, il leur est impossible de croire plus à une chose qu’à une autre.

 

Très concentrés le matin, les élèves commencent à s’agiter. La journée a été longue. Gaëlle présente alors un dernier jeu, plus calme, puisqu’il se joue individuellement cette fois-ci : « Bon, pour finir, je vous propose de jouer au bingo de la laïcité, ok ? ». Elle raconte une histoire de la laïcité en 3 parties : Avant la Révolution ; la Révolution et la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen ; l’école laïque et la Séparation des Eglises et l’Etat. Les enfants ont chacun une grille de bingo avec des mots de l’histoire. « Vous choisissez 6 mots avant la lecture et quand je raconterai l’histoire, vous rayez les mots dès que vous les entendez. Le gagnant est le premier à avoir rayé tous les mots qu’il a choisis ! » Penchés sur leur fiche, ils sont concentrés, jusqu’à ce que Jessica se lève en hurlant et faisant basculer sa chaise « gagné !!! ». Yanis soupire : « C’est pas juste, j’y étais presque, j’avais protestant, persécutions, liberté… » Et Jessica de lui répondre : « Ca fait que 3 ! moi j’en ai 6 ! »

 

Vient le temps du bilan de la journée : « moi, je vais garder ma cocotte », « ouais, c’était le mieux la cocotte », « moi je vais rejouer au bingo en classe »… Et le mot « agnostique » tire bien son épingle du jeu : une majorité nous quitte pour aller tester leurs parents sur le sujet !