Interview de Emilie Moreau : « Je les trouve beaucoup plus ouverts, et moi libérée »

20170620_130613Pouvez-vous vous présenter et nous expliquer pourquoi vous avez décidé d’aborder ces thèmes de laïcité et faits religieux avec vos élèves ?

Je suis enseignante à l’école élémentaire Henri Wallon à Trappes, en classe de CM2. C’est l’inspection qui nous a proposé ce projet, à moi ainsi qu’à d’autres collègues de la circonscription. Ce thème m’intéressait. Nous avons assisté à une journée de formation qui a achevé de me convaincre. J’ai beaucoup appris à cette occasion et j’ai pu voir concrètement l’outil proposé par ENQUÊTE et les façons d’aborder et de présenter le sujet aux élèves. Cela m’a motivée et convaincue de l’essayer dans ma classe. Pour autant, j’étais un peu frileuse au début : c’est un sujet avec lequel je ne me sens pas vraiment à l‘aise, je n’ai pas forcément de connaissances. Et puis, bien sûr, il s’agit d’un sujet sensible, notamment dans nos écoles. Nous sommes dans un environnement où ce qui a trait à la religion est tabou ou sacré. Il ne faut pas en parler, ne pas y toucher.

 

Comment cela s’est-il passé ? Les enfants se sont-ils appropriés le jeu l’Arbre à défis ? Quelles choses ont changé dans la classe sur ces questions ? 

J’appréhendais la première séance, qui était animée avec l’association ENQUÊTE, mais les enfants ont tout de suite accroché. Nous avons même dépassé l’heure ! Ils ont vraiment bien participé. ENQUÊTE était à nouveau présente pour deux autres séances puis j’ai pris le relais. J’avais un peu peur de le faire seule, mais je me suis sentie de plus en plus à l’aise. Le jeu est facile d’utilisation, et propose de nombreuses clés pour se documenter avant chaque séance. Les élèves ont beaucoup appris ; moi aussi d’ailleurs ! Sur les religions qu’ils ne connaissaient pas…mais même sur la leur. Ils se sont bien approprié le jeu, les règles ont bien été intégrées dès le départ. A chaque séance, ils avaient bien compris comment cela se passait. Toutes les cartes sur lesquelles nous avons travaillé ont été affichées dans la classe, et montrées aux parents. Ils le réclament, ils y prennent beaucoup de plaisir. Sans doute parce que le format de défis est sympa. Je les trouve beaucoup plus ouverts ; même moi je me sens libérée. La religion, qui semblait honteuse, maintenant on peut en parler très librement. Ainsi, nous les avons emmenés au château de Versailles, où ils ont assisté à un concert religieux. Ils n’ont eu aucun problème pour entrer dans un lieu de culte, ce que je n’imaginais pas en début d’année. Ils ont fait des liens, rattaché ces apports à l’histoire. Ou encore, nous avons visité le cimetière américain en Normandie ; grâce au jeu, ils ont mieux compris ce qu’ils voyaient, notamment les symboles sur les tombes, par exemple de soldats juifs. Dernier exemple d’impact : nous avons mené avec eux un projet sur la ville. Ils devaient mener une enquête sur Trappes et ses bâtiments. Ils sont allés d’eux-mêmes dans une église interviewer le prêtre ! Et ont cherché une synagogue pour faire la même chose, malheureusement sans succès car la ville n’en compte pas. Ce qui n’a pas manqué de me surprendre… Et pour finir, c’est une bonne chose qu’ils s’ouvrent aux autres.

 

Quelles suites donner à ce projet ?

C’est un projet que je reconduirai avec plaisir l’année prochaine ! Et ce dès le début de l’année, car cela apporte beaucoup. L’abord de ces thématiques enlève beaucoup d’amalgames, notamment entre arabe / musulman, Français / chrétien.