Frida Kahnlo et les identités--

Frida Kahlo

 

Février 17 – « Frida Kahlo et les identités » – Lou Murrin Honoré, animatrice ENQUÊTE

 

Première séance de janvier 2017, pour l’atelier du 2e trimestre, dans une école parisienne près de la gare du Nord. Aujourd’hui nous abordons la question de l’identité individuelle et collective.

Nous commençons par un tour de table où chacun nous donne sa « météo interne » faisant le point sur son état émotionnel du moment.

« Quel temps fait-il chez toi, Kashny ? » « Soleil ! Je suis contente d’être là !» répond Kashny, en se frottant les mains. Sri-lankaise de naissance, Kashny a déjà participé à l’atelier du premier trimestre. Nous avions alors consacré une séance à sa religion, l’hindouisme, et depuis, une transformation s’est opérée en elle. Elle a vaincu sa timidité initiale, intervient sans hésiter et apporte des objets en lien avec sa culture. Cette semaine, elle nous a apporté un petit paquet de bindi autocollantes et Diane, ravie, s’est pressée d’en coller une sur son front.

Amadou, par contre, est triste. « Mon grand-père est mort en Mauritanie. » Nous partageons tous un moment de silence avec lui. Puis Jasmine cherche des mots pour le réconforter, « Ma grand-mère est morte aussi. Je l’aimais beaucoup ma grand-mère.»

 

Puis, je lance la séance. Objectif : comprendre la multiplicité des identités.

Je leur montre une image d’un groupe d’enfants d’origines différentes qui se tiennent par la main. « Chacun d’entre vous est unique ! » dis-je aux enfants. Tout le monde a l’air étonné. « Moi, unique ? », leurs regards semblent-ils dire. « Mais oui, même si nous avons beaucoup de choses en commun, aucune histoire n’est tout à fait pareille ! La famille dans laquelle nous naissons, la religion, les croyances et langues et traditions nous aident à construire notre identité. En plus de ça, chacun d’entre nous a son caractère, ses goûts et ses préférences. Certains sont calmes, d’autres excités. Certains préfèrent manger sucré, d’autres épicé… » Kashny réagit, « Moi, j’adore manger épicé ! »

 

« Nous vivons dans un grand pays avec autant d’histoires individuelles qu’il y a de personnes et nous sommes plus de 60 millions en France !  Si nous sommes tous si différents les uns des autres, comment faire alors, selon vous, pour bien vivre ensemble ? ». Nous remplissons ensemble le tableau avec les suggestions des enfants, telles que « Ne pas se taper dessus »,  « Ne pas être raciste », « Etre gentil avec les autres… », « …et avec soi-même !», « S’accepter»

« Mais vous savez, vous, comment faire pour s’accepter? »  « Eh bien, en s’aimant comme on est…non ? » dit Anthony et il ajoute « Moi, par exemple, je suis juif, africain, métisse…plein de choses à la fois. » « Justement. Je vous propose de faire ensemble un petit exercice pour vous montrer à quel point nos identités sont multiples. »

 

Jeu des identités

 

Je distribue des cartes sur lesquelles sont inscrites des identités différentes : des nationalités (Français, Chinois, Israélien), des convictions (Musulman, Hindou, Bouddhiste, Athée), des origines géographiques (Arabe, Européen, Asiatique). Je leur demande d’organiser les cartes par groupe. Après 5 minutes, les enfants me montrent les regroupements qu’ils proposent. Peu de surprises, on trouve Musulman avec Arabe, Maroc, Islam… et Français, avec Chrétien et Européen, tandis que Chinois est associé à Asiatique.

Je les questionne alors sur les différentes possibilités en proposant des combinaisons alternatives. Arabe et chrétien ? Chinois et musulman ? Marocain et Athée ? Ils comprennent vite qu’il y a plus de possibilités qu’ils n’avaient imaginées au départ et ils réfléchissent à voix haute sur leur propre identité plurielle. Sarah s’exclame, « Je suis française, chrétienne, africaine et suisse ! » La petite Diane a l’air, pour sa part, beaucoup moins sûre « on me dit que je suis chinoise, mais je ne sais pas pourquoi… » Elle finit par se décrire comme « européenne, française, normandienne et dyslexique ».

Amadou, qui revient pour la troisième fois à l’atelier, déclare « de toute façon, ça se sait que je suis musulman, rien que par ma voix. » Je saute sur sa proposition « Ah bon ?  Les enfants, qu’en pensez-vous ? Amadou dit que sa religion peut être reconnue par sa voix. » Anthony lève la main et affirme avec énergie : « Je suis pas d’accord avec Amadou. C’est pas par ma voix que je sais que je suis juif, c’est par ma grand-mère car elle est née en Israël ! » « Mes parents viennent de l’Egypte, et je suis musulmane, mais… ce n’est pas par ma voix que je le sais » enchaine Salma.

Je poursuis le questionnement « Est-ce qu’on peut voir, comme ça, par le son de la voix ou même la couleur de la peau, de quelle religion on est ? » « Ben non !» enchaine Jasmine, « ça n’a rien à voir. Par exemple, quand je dis que je suis algérienne, personne ne veut JAMAIS me croire, parce que je suis rousse et j’ai la peau très blanche ! ».

J’insiste « Donc, on peut dire que la religion d’une personne ne peut être devinée ni par la timbre de sa voix, ni par son physique, vous êtes d’accord ? »

 

Qu’est-ce qui fait que tu es toi ?

 

Je leur montre ensuite l’image d’une jeune fille qui se regarde fixement dans une glace. « Qu’est-ce qu’elle fait, cette fille ? » demande Jasmine. Je leur renvoie la question « A votre avis ? » les réponses fusent, « Elle se demande si elle est jolie ? » « Elle se regarde ! »

Je cherche à les emmener un peu plus loin « Oui, elle se regarde, et il se peut qu’elle regarde son physique, mais je me demande si elle ne s’interroge pas un peu sur elle-même…si elle ne se demande pas qui elle est, vraiment ? » Et je poursuis en revenant sur la première partie de la séance où ils étaient nombreux à avoir évoqué leurs origines mélangées, insistant sur le fait que personne ne peut être défini par un seul aspect, mais même que personne ne souhaite être réduit à une seule caractéristique de son identité, « avoir une seule étiquette ». « C’est quoi, une étiquette ? » interrompt Salma. « Une étiquette, c’est une perception limitée d’une personne. Une seule identité qu’on essaie de lui coller dessus. Comme si cela suffisait pour comprendre la personne. »

 

Je leur distribue ensuite de grandes feuilles blanches et des feutres de couleur et leur propose de réaliser leur autoportrait, « n’hésitez pas à ajouter des mots, ou des petits dessins autour pour décrire différentes choses qui vous définissent. »

Pour les inspirer, je leur montre un autoportrait de la peintre mexicaine Frida Kahlo et leur raconte qu’elle se peignait très souvent pour exprimer les différentes facettes de sa vie… Son identité était multiple ! Elle était à la fois la fille de ses parents, d’origines et de cultures métissées – indiennes, allemandes, mexicaines – une artiste singulière dans un pays catholique, une communiste, la victime d’un terrible accident, une femme amoureuse de son mari…. Elle était beaucoup de choses à la fois, et elle changeait tous le temps.

Les enfants se mettent au travail, dessinent, raturent, réfléchissent…. Certains ont beaucoup de mal. Je leur apporte un miroir « Regarde-toi, tu auras des idées. Ou si tu préfères, fais comme Anthony et utilise des mots ».